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La parité, un défi pour la démocratie locale de la région de Kayes

Dans la région de Kayes au Mali, les femmes sont peu représentées dans les instances politiques locales, que ce soit au niveau régional, des cercles (départements) ou des communes. Pourtant largement sollicitées lors des campagnes électorales, les préoccupations qui sont les leurs ne sont presque jamais au centre des débats. D’un point de vue démocratique, cela ne peut qu’avoir un impact négatif sur l’action des collectivités territoriales. Pour cette raison, le CCFD –TS soutient le Grdr pour accompagner les réseaux de femmes rurales (ASPROFER et CMCID) qui mènent un plaidoyer auprès des institutions territoriales, des partis politiques et plus globalement auprès des jeunes femmes. L’objectif : appuyer l’émergence de femmes politiques dans les instances décisionnelles de Kayes et sa région.

Les femmes sont très faiblement représentées dans les instances décisionnelles locales

Les femmes représentent moins de 4% des élus au niveau régional et seulement 19 élus sur 390 dans les différentes communes du cercle de Kayes. Conséquences directe, elles sont quasiment exclues du processus de prises de décision local et les questions relatives à leurs conditions de vie ne sont pas prises en compte. Une situation d’autant plus inquiétante que le Mali est durement éprouvé par la crise qui le frappe depuis 2012, faisant craindre une hausse des disparités socio-économiques et une certaine forme de féminisation de la pauvreté.

Cette absence de représentation des femmes dans les assemblées décisionnelles se ressent également dans l’ensemble des « espaces d’animation territoriale », tels les comités de gestion scolaire, les centres de santé communautaire, les banques de céréales (d’ailleurs souvent mieux gérées quand ce sont des femmes qui en ont la charge). Cela s’explique en partie par des facteurs sociologiques, comme le poids des traditions, des us et des mœurs, les mariages précoces, la déscolarisation, la dépendance économique... Parfois, on peut aussi mettre en cause le manque d’engouement de la part de certains acteurs politiques lorsqu’il s’agit de promouvoir la parité. Mais dans tous les cas cette défection s’explique par le manque de confiance des femmes en elles-mêmes, le manque de soutien et l’absence de moyens.

La formation, une clé vers l’autonomie citoyenne des Kayésiennes

Habituées à ce que les questions politiques soient réservées aux hommes, les femmes de la région peuvent parfois faire preuve d’une certaine timidité. Notamment sur des questions qui les concernent en premier lieu. Une partie du problème peut s’expliquer par le déséquilibre qui existe en matière d’éducation. «  Les femmes ne se présentent pas aux élections parce qu’elles n‘en connaissent pas les enjeux et pensent que c’est impossible de gérer la Cité sans avoir été au bout de sa scolarité  » d’après les propos de Mme Djeynaba Diawara, 2nde adjointe au Maire de la commune de Sahel. Conscientes de cette inégalité, dans une région où le parcours scolaire des jeunes filles est plus souvent perturbé par les obligations familiales que celui des jeunes garçons, l’alphabétisation est sans aucun doute l’une des réponses au problème.

Mais si savoir lire et écrire est indispensable, cela ne suffit pas. Il faut aussi savoir prendre la parole en public, maitriser les processus électoraux, les enjeux, les modes de fonctionnement... Le Grdr propose donc, avec des associations locales telles l’ASPROFER et le CMCID qui travaillent depuis de nombreuses années sur cette question, toute une série d’activités pour éveiller les consciences citoyennes et faire émerger des femmes « leaders ». Des ateliers ont permis de mettre en place des formations pour mieux maitriser les questions relatives à la décentralisation, à la gouvernance et à la citoyenneté locale. Car comme le dit Mme Mariame Paul Keita, conseillère communale de la ville de Kayes, « La candidature se prépare avant les élections. Et pour réussir sa campagne électorale, il faut disposer d’un certain nombre de savoir-faire et savoir-être pour convaincre ».

Une charte pour promouvoir la présence de conseillères élues

Selon Kadiatou Traoré, responsable de Nièssigui (une organisation féminine du village de Bangassi Gopéla dans la commune de Guidimakha Kery Kafo) « Les femmes ne sont pas des rivales des hommes, mais elles ont leur rôle à jouer dans la gestion de la Cité où elles ont des compétences à faire valoir  ». Dans un milieu où les hommes élus briguent souvent un nouveau mandat et craignent parfois l’émergence de nouvelles concurrentes, il est nécessaire de faire évoluer les pratiques des collectivités locales. Parce que cette quasi-exclusion peut avoir des conséquences négatives en matière de lutte contre la pauvreté, de protection des droits et d’accès aux ressources, non seulement pour les femmes, mais aussi pour leurs enfants, maris ou frères...

Depuis 2012, le Grdr appuie l’adoption d’une charte locale, en cours d’élaboration, avec 9 communes membres de l’Association des Communes du Guidimakha-Kaffo (ACGK). Selon ce document encore en cours de signature, les communes s’engagent à améliorer et valoriser la scolarisation des jeunes filles, à impliquer les organisations féminines dans tous les investissements qui concernent la santé, l’éducation, l’hygiène, l’accès à l’eau et l’élaboration des plans de développement communaux. Elles s’engagent également à organiser des sessions de formation et de renforcement et à appuyer des activités génératrices de revenus pour les groupements féminins.

Agir auprès des partis politiques : la signature d’un protocole d’engagement

« J’ai démissionné de mon parti parce qu’à l’établissement de la liste de candidature, je n’ai pas pu avoir la position que je souhaitais et méritais ». Ce témoignage de Doussou Traoré, ancienne conseillère municipale de la ville de Kayes, met en exergue un autre obstacle à l’émancipation des femmes en politique : le fonctionnement des partis. Dans la grande majorité des cas, ils osent rarement positionner une candidate à des postes éligibles sur les listes électorales. Et lorsque cela arrive, les moyens mis à disposition de ces dernières sont largement limités par rapport à ceux dont disposent leurs homologues masculins.

Pourtant, ces mêmes partis n’hésitent pas à solliciter des femmes ayant des responsabilités au sein d’associations féminines, conscients de leurs capacités de mobilisation. D’autant plus que les Kayésiennes sont particulièrement actives lors des meetings ou pour faire adhérer de nouveaux militants et rechercher des financements.

Grace à cet appui du CCFD-TS, 19 partis impliqués dans la vie politique de cette région ont signé un protocole d’engagement pour les inciter à adopter un fonctionnement conforme à la parité. Selon ce protocole, ils s’engagent à mieux positionner les femmes sur les listes de candidature, à remédier au faible taux de femmes élues dans les instances communales et à favoriser la démocratie locale sans distinction de sexe. Les futures élections, très attendues, se dérouleront donc sous la haute surveillance des organisations de femmes et du Grdr.


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